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La vie en motsLa vie en mots....
Racontez la naissance de votre enfant

Extrait : « …elle est toute grise avec tout le vernix qui la recouvre... Je la prends directement en peau à peau. C’est étrange ce mélange d’émotion :
je me sens à la fois soulagée d’en avoir fini, émue de voir ma fille enfin, et ravie de savoir que c’est une fille alors que tout le monde me «prédisait» un garçon...
Fatiguée et heureuse ! […] On est tellement sous le charme qu’on n’en dort pas de la nuit : on est resté comme ça à la regarder dormir pendant des heures !!! »




… pour transmettre une histoire de vie
PEPEPIN / SOUVENIRS DE BRIC ET DE BROC

Extrait : « J'ai commencé, comme tous les lardons de ce temps là, par être une petite momie geignarde, qu'on berçait pour la faire taire, ficelée qu'elle était dans un lacis d'affûtiaux qui interdisaient de bouger bras et jambes. Sous prétexte de nous tenir les os, on nous enseignait la discipline de bonne heure. Au demeurant, le plus bel enfant du monde.

Quand on m'a libéré de mes bandelettes, j'ai rattrapé le temps perdu : je me suis mis à gigoter et je n'ai pas arrêté depuis. Ma mère, elle, et bien que le doute ne soit pas permis, s'est donnée le plus longtemps possible l'illusion que j'étais une fille. Elle en avait perdu une, son aînée ; il lui était ensuite venu coup sur coup deux garçons ; elle était plus que déçue d'avoir encore accouché d'un mâle. Conséquences : elle m'a laissé dans mes robes jusqu'à ce que j'aille à l'école, ce qui m'évitait de pisser dans ma culotte ; mais alors que tous les gars étaient tondus, elle m'a laissé pousser de grands cheveux qui tombaient jusqu'aux épaules et j'ai ramassé tous les poux du pays.

Autres conséquences : les garçons de mon âge m'appelaient la fille et ils me secouaient par la tignasse ; n'ayant rien d'autre à saisir je leur plantais mes ongles dans les oreilles ; après quoi, chacun de notre côté, nous nous sauvions en braillant dans les jupons maternels et c'est moi qui passais pour une teigne. On ne pouvait guère donner tort aux autres : c'étaient des fils de clients. Un jour, les chiens du père Gonin, excités sans doute par le froufrou de mes jupons, m'ont renversé et mordu : tout le village est venu voir mes fesses. »

 


… pour témoigner d'une expérience de vie
FANNY / « Je me suis fait braquer ! »

Extrait : « Le garçon de bus entame la distribution d'une petite collation. Avec ma voisine Caren, nous nous amusons à comparer les noms espagnols donnés aux jus de fruits fluorescents que l'on vient de recevoir... lorsqu'un homme se met à crier violemment à l'avant du véhicule.

Je ne suis pas plus étonnée que ça, habituée aux cris des passagers qui s'en prennent au conducteur qui va trop vite, ou pas assez, des passagers qui veulent descendre à des arrêts sauvages, des équatoriens qui parlent vite et fort.

Mais là, je lève la tête et je vois... un revolver ! Il est gros, gris, brillant, il paraît lourd et surtout il est pointé sur la tête du chauffeur du bus. L'homme qui le tient hurle comme un fou en espagnol, je ne comprends rien. Je regarde autour de moi : tous les passagers ont les mains sur la tête.

C'est un braquage !

Je me baisse quasiment sous mon siège. A côté, Caren a déjà la tête baissée. Dans la rangée en face, seules les mains de Catherine dépassent de son siège.

Trop de mots surgissent et s'entremêlent dans ma tête : rapt, enlèvement, viol, meurtre... Que va t-il se passer ? Que va t-il nous arriver ? ».